"Un médecin sous le nazisme"

Publié le 3 Mars 2015

Précédant la « Solution finale de la Question juive », la mise en place d’une véritable politique d’État eugéniste a d’abord frappé les handicapés physiques et mentaux ainsi que les « inutiles » et « asociaux » allemands définis en tant que tels par le régime national-socialiste. Ce crime systématique, et de grande ampleur, participe au meurtre de masse dont il en constitue l’antichambre. Ce sont, en effet, les hommes de l’Aktion T4 – nom donné à ce programme d’extermination qui reprenait l’adresse du bureau central de l’opération : n° 4 Tiergartenstrasse, Charlottenburg – qui devaient innover en matière de gazage homicide. Une méthode reprise, rationalisée et systématisée à partir de 1942 en Pologne, notamment par des individus tels que le SS Obersturmführer Christian WIRTH (1885-1944).


Dans un documentaire de 52 mn, Catherine BERNSTEIN nous présente la carrière d’un des symboles de la perversion médicale et scientifique nazie : le docteur Julius HALLERVORDEN (1882-1965). Neurologue de renom, membre du NSDAP, HALLERVORDEN va profiter du programme T4 jusqu’à la fin de la guerre. En récupérant 690 cerveaux de victimes du programme d’euthanasie pour faire avancer ses recherches, il justifie scientifiquement le crime et y participe directement. Ce qui ne l’empêchera pas de poursuivre une brillante carrière après le conflit, sans jamais être inquiété.


L’Aktion T4 n’a pas directement concerné les Juifs. Elle n’en demeure pas moins l’une des buttes témoins de l’horreur nazie. Par la dérive d’une pensée scientifique idéologisée, elle annonce également la nécessité de la démarche bioéthique qui devait émerger au lendemain de la guerre. Pourtant, nos débats d’aujourd’hui sur des sujets aussi brûlants que l’euthanasie, la PMA et la GPA - entre autres exemples -, soulignent encore l’actualité de la tentation eugénique dans notre société démocratique. La science peut-elle avancer à n’importe quel prix ? Est-il souhaitable d’aliéner l’Être humain des lois naturelles ? Quant au progrès scientifique est-il une valeur absolue et positive en soi ? Le transhumanisme contemporain porte, en effet, en lui un projet eugénique dont les ramifications philosophiques pourraient constituer un héritage posthume du national-socialisme. Un héritage qui paradoxalement s’opèrerait, de nos jours, au nom de la liberté et de l’égalité des droits, au nom d’un individu tout puissant, se rêvant Prométhée et refusant toutes limites à sa finitude.


Si l’on entend la Civilisation comme étant aussi la capacité à défendre le faible et le diminué, celui qui ne peut se défendre par lui-même, et non à s’en débarrasser tel un rebut - si l’on entend la Civilisation comme étant tout simplement la protection de la Vie -, nul doute que le documentaire de Catherine BERSTEIN ouvrira sur une réflexion étonnamment contemporaine.

 

  • (Catherine) BERNSTEIN, Un médecin sous le nazisme, Production Zadig, les Films de l’Aqueduc, 2014, 52 minutes, VF.

Rédigé par Enseignant Défense

Publié dans #Histoire

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