American sniper

Publié le 8 Février 2015

Chris KYLE (1974-2013) faisait partie de l’élite militaire à double titre. D’abord en tant que membre des forces spéciales de la Marine des Etats-Unis (US Navy SEAL), puis en tant que « sniper » au sein de la SEAL Team III. Clint EASTWOOD lui dédie sa dernière production, American sniper, retraçant la carrière du « diable de Ramadi ».

 

Chris KYLE (source - Chris HASTON/NBC)


Chris KYLE, un tireur d’élite hors du commun


Christopher S. KYLE est né à Odessa (Texas) en 1974. Sa vie nous est connue grâce à une autobiographie (1) qu’il publie en 2012, un an avant sa mort dramatique lorsqu’un vétéran d’Irak – Eddie Ray ROUGH - souffrant de stress post-traumatique, l’abat avec Chad LITTLEFIELD, un ami.


Le parcours de Chris KYLE rappellera par bien des aspects celui de Marcus LUTTRELL. Tous deux sont texans d’origine et dans l’âme, imprégnés de valeurs patriotiques et religieuses, convaincus du bien fondé de la cause pour laquelle ils se battent. Tous deux se sont engagés dans la prestigieuse unité des forces spéciales de la Marine américaine – les US N–, et ont combattu dans des conflits contemporains : le premier en Irak, le second en Afghanistan. Ils sont tous les deux considérés comme de véritables héros aux Etats-Unis, et Hollywood leur a consacré à chacun un film.


L’univers de Chris est d’abord celui des cow-boys et des vastes campagnes texanes qu’il parcoure à cheval. Tôt il baigne au milieu des armes, et s’initie à la chasse avec son père. Peu porté aux études (il abandonne à l’université), il envisage deux métiers : celui de cow-boy professionnel ou celui de militaire. Après une première visite médicale qui le déclare inapte du fait d’un accident de rodéo qui lui brisa un poignet, Chris est finalement engagé pour une formation d’entrée dans les Navy SEAL (le BUD/S ou Basic Underwater Demolition/Scuba) en février 1999. C’est au cours de cette formation qu’il fait la connaissance de Marcus LUTTRELL. Les premières parties des deux autobiographies sont ainsi consacrées au détail de la formation pour devenir Navy SEAL. Dans les deux cas la description reste similaire : c’est beaucoup de souffrance physique.


Dans son récit, Chris accorde une place non négligeable à celle qu’il rencontre durant sa formation, et dont il tombe amoureux : Taya. Ils se marient et auront deux enfants. Chris quittera l’Armée en 2009, usé par le service, mais également pour sauver son mariage et sa vie de famille. Mais en ce début de carrière, l’atmosphère est encore aux rudes entraînements, aux bizutages virils et aux bagarres incessantes entre SEALs et entre SEALs et civils. Véritables rites d’intégration, on cogne et on se fait cogner : il y va de la réputation de l’unité…


Les premières actions opérationnelles consistent à des arraisonnements de bâtiments suspectés de transporter des cargaisons interdites de pétrole et d’armes. Chris est spécialisé dans le soutien de son équipe et sert une mitrailleuse M 60. C’est ainsi qu’il est rapidement engagé en Irak, en mars 2003, et qu’il participe à la course vers Bagdad. Premier contact avec l’ennemi musulman qu’il méprise – il le qualifie de « salopard » ou de « sauvage » -, il vit des combats violents où, à court de munitions, il manque avec sa section d’être submergé. C’est au retour de cette première mission en Irak, que Chris suit une nouvelle formation destinée à faire de lui un tireur de précision.


De son propre aveu, cette nouvelle formation fut la plus difficile de sa vie après le BUD/S. De fait, 50% des SEALs qui s’y présentent sont recalés. Familiarisé avec les armes et le tir depuis son enfance, Chris apprend néanmoins la dimension scientifique du tir de précision à longue et très longue distance. Plusieurs pages de son ouvrage sont consacrées au camouflage, au déplacement et aux armes du sniper. Sa prédilection va au .330 et .338 Wing Mag (pour Winchester Magnum), des types de munitions qui désignent des fusils à verrou très appréciés des snipers.


Chris revient en Irak en septembre 2004 où il retrouve l’unité des forces spéciales polonaises (le GROM) avec laquelle il opérait déjà pour arraisonner des navires en pleine mer. S’il avait déjà effectué son premier tir létal de précision en mars 2003 à Nasiriya (2), c’est à ce moment qu’il entre véritablement dans la légende des snipers. Jusqu’à son départ définitif d’Irak, il participe à toutes les grandes batailles et opérations. D’abord la deuxième bataille de Falloujah (novembre 2004), et celle de Ramadi (juin/novembre 2006) où il est surnommé « Al Shaitan Al Ramadi » (« le diable de Ramadi ») par les insurgés irakiens, terrifiés par ses tirs meurtriers. Ramadi est cerné par de petits camps américains (Combat Outpost ou COP), qui sont harcelés en permanence par la guérilla. C’est autour du COP Falcon que Chris obtient sa 100e victoire homologuée, son 100e tir létal. C’est également à cette époque qu’il effectue un tir létal à 1,9 km de distance. Les insurgés mettent sa tête à prix à plusieurs milliers de dollars. À l’issue de sa carrière, Chris KYLE a à son actif 255 cibles abattues dont 160 sont homologuées, ce qui fait de lui le meilleur tireur de précision de l’histoire militaire des États-Unis. Deux fois blessé, il est décoré de l’Étoile de bronze (Bronze star) et de l’Étoile d’argent (Silver star).


En 2009, il se retire du service actif et se reconvertit dans la création d’une entreprise de sécurité, Craft international. Mais le 2 février 2013, au cours d’une séance de tir, il est abattu par Eddie Ray ROUGH, un vétéran souffrant de stress post-traumatique. Son histoire nous est racontée avec brio dans le dernier film de Clint EASTWOOD, American sniper, avec l’acteur Bradley COOPER dans le rôle de Chris KYLE. Encore en tête du box-office américain en janvier 2015 (soit six semaines après sa sortie), le film est nommé dans six catégories aux Oscars. Sortie prévue en France le 18 février.

Snipers, tireurs embusqués et tireurs d’élite…


Le sniper - autrefois appelé marksman ou sharpshooter – pourra être traduit en français par « tireur embusqué », « tireur d’élite » ou « tireur de précision ». L’Armée française distingue cependant précisément ces différents termes. Le « sniper » est, en fait, un terme générique désignant un « tireur embusqué » pouvant être soit un « tireur de précision » soit un « tireur d’élite ». Le premier est un tireur au-dessus de la moyenne, qui reste cependant intégré à sa section d’infanterie qu’il appuie par des observations et des tirs de précision jusqu’à 800 m. Le second est encore plus qualifié que le précédent, puisqu’il est capable d’agir en équipe autonome pour des tirs jusqu’à 1800/2000 m. L’armement et les missions ne sont plus les mêmes que pour le tireur de précision.


Pour le tireur d’élite Chris KYLE, engagé dans toutes les grandes opérations menées par l’Armée américaine en Irak de 2003 à 2009, la réalité des combats devait très certainement gommer ces distinctions réglementaires. Partant, on retrouvera les snipers au sein d’unités – ou à leurs côtés – en soutien de l’infanterie qu’ils éclairent par l’observation à distance du terrain (ce que permet la puissance de leur lunette), ou en appui par des tirs sur des objectifs prioritaires, lointains, cachés, inaccessibles aux fantassins en approche. L’emploi des snipers n’est, par ailleurs, pas exclusivement militaire, et on les retrouvera également dans les forces de police, notamment dans des situations de retranchement et de prises d’otages mais aussi de protection lointaine de VIP.


Le combat des snipers


Dans un contexte militaire (celui de Chris KYLE), ce sont des combattants redoutables, craints, développant une aura particulière autour de l’idée du « tueur solitaire ». La fonction nourrit les fantasmes à commencer dans l’univers des jeux vidéos. Pourtant, sa réalité n’a rien à voir avec un jeu… Assimilée à une guerre de harcèlement dont les coups portés au moral de l’ennemi n’est pas le moindre des objectifs, la guerre des snipers présente des caractéristiques que l’on pourrait ainsi résumer (3) :


A- Les snipers opèrent en petit nombre, ce qui peut sembler un paradoxe au sein d’une organisation qui est par définition mouvement et action de masses coordonnées. Même le tireur de précision agit loin en arrière de sa section. Quant au tireur d’élite, il opère seul ou en binôme/trinôme. Ce sont donc en règle générale de très petites équipes articulées autour d’un tireur (le sniper) et d’un observateur (le spotter). Le tireur d’élite est donc vulnérable, surtout s’il est repéré.


B- Plus que dans n’importe quelle autre unité d’infanterie, le sniper opère avec la plus grande « furtivité » si ce n’est l’ « invisibilité » sur le terrain. Popularisés par le cinéma, les sticks de camouflage et, surtout, les « ghillie suits » demeurent les équipements spécifiques de ce type de combattants. Cependant, on n’oubliera pas que ce que montre le cinéma est justement ce qui normalement ne se voit pas dans la réalité d’une situation tactique… L’un des savoir-faire fondamentaux du sniper est en effet la maîtrise du camouflage et des déplacements, et pour chaque mission il étudiera soigneusement l’environnement dans lequel il sera amener à évoluer. Suite à cette étude, sa ghillie suit sera aussi adaptée à partir d’une base standard et réadaptée à tous changements de paysages. À chaque sniper, donc, sa ghillie suit du milieu montagnard au milieu urbain en passant par le désert, la forêt tempérée ou tropicale…


C- L’armement utilisé varie selon les cibles (humaines ou matérielles), et il existe de nos jours une large gamme de fusils de précision. Ces derniers se caractérisent par leur capacité à effectuer des tirs plus précis que ceux des fusils d’assaut classiques, à des distances encore plus longues. Les fusils à verrou et au coup par coup de calibre moyen 7,62 x 51 mm (standard OTAN) sont privilégiés du fait de leurs bonnes performances initiales, mais de nombreuses autres configurations avec d’autres choix de matériels sont possibles selon le tireur et sa mission. À l’arme vient aussi s’ajouter une optique (d’où l’appellation générale de « fusil à lunette ») dont le grossissement peut aussi varier. Être sniper exige une grande maîtrise technique dans la connaissance de son matériel, ses capacités balistiques rapportées à une distance, un vent, une température, un mouvement de la cible… Certains tirs réalisés à 1800/2000 m ne peuvent être réalisés qu’avec des armes lourdes de type Barrett M82 (américain) ou PGM Hécate II (français) dont les munitions de 12,7 x 99 mm n’ont pas les mêmes comportements que les munitions de 7,62 mm. À cela ajoutons les paramètres liés aux tirs de nuit (lunettes infrarouges) ou à la mise en place d’un réducteur de bruit (pas pour les Barrett ni les PGM Hécate), qui entraînent de nouveaux calculs de correction de tir…


D- Les missions des tireurs d’élite demandent une longue préparation et une mise en place des équipes sur le terrain longtemps en avance. Le choix de la position est capital, et doit s’accompagner d’autres positions déjà repérées au préalable. L’essentiel des opérations est constitué de longues heures, voire de journées entières d’attente et d’observation. La patience est incontestablement une qualité fondamentale pour les tireurs de précision. On rappellera aussi que l’une de leur mission sur le champ de bataille est de repérer et d’éliminer les… snipers ennemis.


(1) Cf. (Jim) DeFELICE, (Chris) KYLE, (Scott) McEWEN, American sniper. L’autobiographie du sniper le plus redoutable de l’histoire militaire américaine, Paris, Nimrod, 2012, 320 p.
(2) Cette scène où l’on voit Chris KYLE abattre une mère et son enfant qui s’apprêtaient à attaquer une patrouille de US Marines ouvre son autobiographie. Restituée dans le film de Clint EASTWOOD, elle résume la spécificité du combat du tireur de précision (qui voit de près ses cibles), et elle immerge d’emblée le lecteur dans le cas de conscience que pose la guerre asymétrique.
(3) Cf. Snipers. Tireurs d’élite et armes de précision du monde, Mission spéciale productions, 2007, 168 p.

Rédigé par Enseignant Défense

Publié dans #Enseignement de Défense

Repost 0
Commenter cet article