Le Military Sealift Command (MSC)

Publié le 27 Juin 2014

Pouvoir projeter une force dans le monde entier

 

Les intérêts de l’hyperpuissance étant par définition mondiaux, les Etats-Unis se sont donnés les moyens d’intervenir rapidement, partout dans le monde. La force de fusiliers marins dont la vocation est d’intervenir « overseas » est le US Marine Corps (USMC), créé en novembre 1775. Engagé en Europe lors de la bataille du Bois Belleau (juin 1918), l’USMC acquiert vraiment ses lettres de noblesse lors de la Guerre du Pacifique (1941-1945). Et c’est au cours de la guerre contre le Japon, que les US Marines développent un savoir-faire amphibie hors du commun. Car disposer d’une telle force ne devient un véritable atout qu’avec le développement d’une capacité parallèle à pouvoir la transporter, et en assurer le soutien logistique.

 

C’est ici qu’intervient le Military Sealift Command (MSC), le grand commandement logistique de la Marine de guerre américaine dont la mission est d’organiser une flotte auxiliaire à partir de bâtiments civils. Durant la Deuxième Guerre mondiale, la logistique navale de l’US Navy dépendait de 4 agences qui furent réunies en un seul commandement à partir de 1949 : le Military Sea Transportation Service (MSTS). Le MSTS devient le MSC en 1970. Sa mission est d’assurer un pont maritime avec un ou plusieurs théâtres d’opération, de soutenir la Flotte en temps de guerre comme en temps de paix, de participer également à des missions humanitaires. Le MSC donne à l’US Navy, mais aussi à l’Army, l’Air Force et le Marine Corps une capacité de projection mondiale d’une efficacité et d’une souplesse inégalée. Aucune autre flotte au monde ne dispose d’un tel outil, du moins à cette échelle.

 

Le sea basing

 

De nos jours, l’US Navy développe la doctrine du « sea basing », c’est-à-dire le prépositionnement des forces et d’une partie de leur chaîne logistique en pleine mer. À comprendre que mers et océans couvrent à 72% la surface du globe, le sea basing présente d’emblée des avantages évidents. Concept souple – parce que modulable et mobile -, le prépositionnement permet d’abord de rapprocher les forces d’intervention des régions de crise, partant de raccourcir les délais d’intervention. Il affranchit ensuite de coûteuses bases terrestres en territoire étranger, ainsi que des problèmes de souveraineté nationale qui leur sont inévitablement liés.

 

Cependant, le sea basing suppose une capacité de transport, de stockage et de transfert à la mer nécessitant toute une famille de bâtiments particuliers, l’ensemble constituant une véritable base mobile à la mer. La transformation de super tankers en Mobile Landing Platform (MLP), la construction de Littoral Combat Ships (LCS), de Joint High-Speed Vessels (HJSV) et de toute une gamme de transports rapides, fournissent en ce moment à l’USMC comme à la Navy autant de plateformes d’expérimentation. Autour de ces bâtiments spécifiquement étudiés dans le cadre du sea basing, interviennent d’autres navires, plus conventionnels mais tout autant chevilles ouvrières de la logistique navale opérationnelle.

 

Le MSC emploie ainsi une flotte de 26 Maritime Prepositioning Ships (MPS) – pétroliers-ravitailleurs, cargos, porte-conteneurs, navire-hôpital… - capable d’embarquer et de débarquer, à n’importe quel moment et en n’importe quel endroit (pour peu qu’il existe un port adapté), une force expéditionnaire avec son matériel. Marqués sur leur cheminée des 4 bandes de couleur du MSC (noir, gris, bleu, jaune), ces bâtiments sont armés par des équipages civils assistés selon les missions par des marins et des spécialistes militaires. Nommés USNS pour United States Naval Ship, leur numéro de coque débute par la lettre « T » (Transportation) suivie par deux autres lettres indiquant la spécificité du bâtiment en plus de son numéro.

 

Le USNS 1st Lieutenant Baldomero Lopez T-AK 3010

 

Les T-AK désignent, par exemple, les 10 « cargo ships » que le MSC déploie. Il s’agit de cargos géants issus de trois classes de construction : Stockham, Bobo et Seay. L’infographie vidéo nous montre le USNS 1st Lieutenant Baldomero Lopez T-AK 3010 (classe 2nd Lieutenant John P. Bobo), le 6 juin 2014 à Aqaba en Jordanie où s’est récemment déroulé un exercice de crise interalliés. À cette occasion, le USNS Lopez a embarqué 386 véhicules (HUMVEES et blindés Stryker), des pièces d’artillerie, et 563 conteneurs EVP dans lesquels étaient stockés les munitions, le carburant et autre ravitaillement. Un tel chargement demande une grande rigueur dans l’embarquement et la répartition des charges : un Stryker ne pesant pas le même poids et n’occupant pas la même place qu’un HUMVEE ou qu’un obusier. La place est comptée et l’espacement entre chaque véhicule n’est que de quelques centimètres. Les conteneurs doivent être empilés de la manière la plus rationnelle, sans laisser de vide, ce qui s’apparente à un vrai jeu de Tétris pour les manutentionnaires. Au bout du compte, c’est le matériel et le ravitaillement de 16 000 US Marines  - l’équivalent d’une Marine Expeditionary Unit (MEB) - pour une durée de 30 jours qui se trouvent embarqués dans les flancs du USNS Lopez sur 7 ponts.

 

Construit en 1985, celui-ci est le troisième d’une série de 5 cargos géants RO-RO. Long de 206 mètres, il déplace à 17 nœuds 45 000 tonnes en pleine charge. Équipé d’une plateforme hélicoptère à la poupe (helideck), il dispose de 3 grues d’une capacité de levage de 39 tonnes chacune. Le bâtiment est armé d’un équipage de 38 marins civils.

Rédigé par Enseignant Défense

Publié dans #Enseignement de Défense

Repost 0
Commenter cet article